« VOTRE CHEVAL EST-IL HEUREUX ? » par Jean-Claude BARREY

« VOTRE CHEVAL EST-IL HEUREUX ? » par Jean-Claude BARREY

« VOTRE CHEVAL EST-IL HEUREUX ? » par Jean-Claude BARREY

« Le mot « bonheur » peut paraître subjectif mais il correspond à une réalité éthologique bien précise.
Comme tout organisme, animal ou humain, le cheval possède dans son système nerveux un répertoire de fonctions biologiques qui lui permettent de vivre. Ce sont les fonctions de récupération, de subsistance, de relation et de sauvegarde.
Dans cet ordre là, elles mettent en oeuvre des tensions nerveuses croissantes, génératrices de stress. Chaque fonction est programmée pour s’exprimer selon un certain « volume » qui correspond au besoin quotidien normal de l’espèce, dans l’environnement qui a façonné ses programmes génétiques (c’est-à-dire la steppe).

Par exemple, pour ingérer les quelques soixante kilos d’herbe qui constituent son repas, il doit donner pendant douze à quinze heures par jour environ dix mille coups de mâchoires. Ce nombre est fixe pour un cheval donné. Si il peut les utiliser en mangeant un aliment très dilué comme l’herbe, sa tension nerveuse s’abaisse progressivement en même temps que s’évacue l’énergie nerveuse stockée pour remplir cette fonction: on peut dire qu’il est heureux. Mais si il ne peut les utiliser, parce que son alimentation concentrée en granulés est avalée avec deux ou trois mille coups de mâchoire, il tentera d’abord de les dériver vers un autre objet, il rongera la porte du box, se grattera et finalement développera des maladies visibles comme le « tic aérophagique » ou moins visibles comme une tendance aux coliques ou une baisse des défenses immunitaires.
Il en sera de même pour les quatre fonctions dont nous avons parlé et qui permettent au cheval de vivre sa vie de cheval, dans laquelle l’homme n’était pas génétiquement prévu…

Résumons donc: si le cheval trouve facilement à évacuer l’énergie nerveuse de ses programmes génétiques de comportement (nourriture avec ses coups de mâchoire, locomotion avec ses quatre à dix kilomètres par jour, etc…), il reviendra constamment à un niveau de tension très bas que l’on nomme le « Champ Détendu » et on pourra dire qu’il est « heureux ».
Si son environnement est tellement artificiel et inadapté qu’il ne peut évacuer son énergie nerveuse pour les différentes fonctions, il montera en tension au-delà du niveau de sauvegarde, jusqu’à un niveau de stress très élevé par blocage de ses fonctions (l’inhibition de l’action cohérente » ). Des troubles visibles ou non visibles se développeront, d’abord réversibles puis irréversibles, et on pourra dire sans conteste que ce cheval est « malheureux ».
Le cheval qui vit en box, qui se sent en sécurité, qui a des contacts sociaux avec d’autres chevaux (flairage, grattage réciproque, etc…), qui fait ses quatre à dix kilomètres par jour, qui a une alimentation nécessitant suffisamment de temps pour être ingérée, qui peut se coucher sur une litière et rêver, ce cheval là peut parfaitement être « heureux » puisque chacune de ses activités mettra en route ses « circuits nerveux de la récompense » qui sont les moteurs de l’état « heureux ».
Certes, la liberté dans la nature est mieux adaptée à ses programmes mais il sera mieux en box avec des congénères que seul dans un pré. Toutefois, en box, méfions-nous de tellement satisfaire ses besoins qu’il en perde le goût de vivre et devienne neurasthénique! Il a besoin aussi de faire quelques efforts! Cela aussi est prévu dans un programme : »le comportement d’appétence ».

Un dernier point qu’il est intéressant de souligner: la mode des maîtres en tous genres et de leurs méthodes miracles ne va pas toujours dans le sens du » bonheur » du cheval. Les manipulations trop précoces du poulain dont l’attachement à la mère n’est pas complet (quinze jours à trois semaines) produira nécessairement des troubles caractériels, et les méthodes « douces » de débourrage accéléré, ne faisant pas appel à l’apprentissage par « habituation », fonctionnent en faisant « monter » le cheval en inhibition de l’action, ce qui est le degré ultime de la violence psychologique, d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas visible.
Mais, cela dit, si le cheval et l’homme n’avaient pas fait alliance, il n’y aurait probablement plus de chevaux sur terre… »
Jean-Claude BARREY